mardi 29 septembre 2026

Stéphane Guillon

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Stéphane Guillon : « Il faut rire de ses chagrins »

La rédaction ·


stéphane guillon : « il faut rire de ses chagrins »

Vendredi dernier, l’humoriste et chroniqueur Stéphane Guillon était de passage en Côte d’Azur pour une soirée de lecture au Festival des mots du Rouret. À cette occasion, il s’est confié dans Monaco-Matin sur sa philosophie du rire face aux épreuves, est revenu sur ses récents projets au théâtre et à la télévision, et a poussé un coup de gueule retentissant contre un projet immobilier à Villeneuve-Loubet. Morceaux choisis d’un entretien où se mêlent confidences personnelles, contexte culturel et verve acérée.

Sur scène, rire de ses chagrins

« Il faut rire de ses chagrins », affirme Stéphane Guillon d’entrée de jeu, comme un mantra pour apprivoiser les épreuves de la vie. Invité du Festival des mots, il a choisi de lire des extraits du « testament marin » d’Olivier de Kersauson – en l’occurrence des pages de Avant que la mémoire s’efface – dont l’esprit l’a particulièrement touché . Dans ces lignes empreintes de sagesse océanique, Guillon retrouve des leçons qui résonnent en lui : « Il écrit qu’il faut pouvoir se foutre de ce que les gens disent de vous et avancer. Il y aura toujours des grincheux. Surtout aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, c’est impossible de plaire à tout le monde. Et puis à partir du moment où vous êtes connu, vous êtes suspect. » confie-t-il. Lorsque le journaliste lui demande s’il lui a fallu du temps pour apprendre à encaisser les critiques sans broncher, l’humoriste répond sans détour : « J’ai fait beaucoup d’erreurs, j’ai répondu de façon frontale, j’ai parfois pris la mouche… Il faut beaucoup de temps pour arriver à se détacher. » Cette capacité à prendre du recul – « l’art difficile du détachement », sourit-il – est précisément ce qui le fascine chez le navigateur Kersauson : « Il a une sorte de surplomb, une nonchalance, peut-être due au fait qu’il a tant navigué au large… » Stéphane Guillon, qu’on a connu volontiers provocateur, semble ainsi avoir appris à rire de ses propres peines pour mieux avancer. Une évolution personnelle qu’il assume pleinement, sans rien renier de son humour noir mais avec une maturité nouvelle.

Retour aux premières amours : le théâtre et les confidences

Ces deux dernières années ont marqué un tournant dans la carrière de Stéphane Guillon. Loin des chroniques polémiques qui ont fait sa notoriété il y a plus de dix ans, l’artiste de 61 ans s’est recentré sur son métier d’acteur de théâtre, sa « première passion ». En 2024, il a triomphé sur la scène du Théâtre Antoine à Paris dans Inconnu à cette adresse, une adaptation du célèbre échange épistolaire de Kressmann Taylor. D’abord aux côtés de Jean-Pierre Darroussin, puis face à Pascal Elbé lors d’une reprise prolongée début 2025, Guillon a incarné avec succès l’un des deux rôles principaux de cette pièce saluée pour sa puissance dramatique . Parallèlement, il a participé en 2025 au spectacle collectif Il a la côte Devos ! – aux côtés de Patrick Chesnais, Mathilda May, Julie Ferrier, Christophe Alévêque ou encore Daniel Benoin – rendant hommage, en humour et en émotion, au génie des jeux de mots Raymond Devos à l’occasion du centenaire de sa naissance . Enfin, Stéphane Guillon est remonté seul sur les planches pour quelques dates exceptionnelles de son one-man-show, comme à La Cigale en 2023, histoire de rappeler qu’il n’a rien perdu de son esprit caustique sur scène .

En parallèle de son retour sur les planches, l’ex-chroniqueur de France Inter et Canal+ s’est livré comme jamais dans un récit autobiographique intitulé Fini de rire (Albin Michel, 2024). Dans ce livre, paru à la rentrée dernière, Guillon annonce la couleur dès le titre – une forme de pied de nez à son personnage d’« humoriste sniper ». Il y fait le bilan de son parcours et de ses excès, n’hésitant pas à révéler des pans intimes de sa vie. Il raconte notamment, sans faux-semblant, la crise personnelle qu’il a traversée il y a quelques années : la rupture avec sa compagne de longue date Muriel Cousin et leur famille recomposée, puis sa brève idylle avec une femme beaucoup plus jeune qui l’a finalement quitté. Publier ces confessions n’a pas été un problème, assure-t-il, se moquant bien du qu’en-dira-t-on. Cette sincérité lucide s’accompagne d’une forme de remise en question de son image passée. « Je regrette quelques chroniques, mais surtout une forme d’arrogance », admet aujourd’hui celui qui fut jadis volontiers provocateur sur les plateaux télé . Désormais, il se dit plus apaisé, même s’il n’a rien perdu de son franc-parler. « L’humour grinçant, c’est terminé », affirme-t-il d’ailleurs, assumant de ne plus chercher la polémique à tout prix pour privilégier une liberté de ton plus authentique . À 61 ans, Stéphane Guillon semble ainsi avoir opéré sa mue artistique : fini le trublion systématique du PAF, place à l’auteur-comédien qui choisit ses projets avec soin – et qui n’hésite pas, le cas échéant, à sortir du registre de la pure satire pour explorer d’autres facettes de la vie publique et privée.

Le Festival des mots, la littérature à ciel ouvert

Si Stéphane Guillon a pu partager ces réflexions estivales, c’est dans le cadre enchanteur du Festival des mots, un événement littéraire itinérant organisé chaque été par le Département des Alpes-Maritimes. Depuis plus de dix ans, ce festival pas comme les autres propose au grand public des soirées de lectures théâtralisées gratuites, portées par des comédiens de renom, et cela dans des villages et lieux emblématiques de la région . Pas de grande scène sophistiquée ni de décors élaborés : l’idée est de revenir à l’essentiel – les textes – et de les faire vivre par la seule magie de la voix et du talent des interprètes. L’édition 2025 du Festival des mots, qui s’étale du 11 juillet au 9 août, compte neuf dates et un casting éclectique. On y croise aussi bien Thibault de Montalembert ouvrant le bal à Peille avec du Shakespeare, que Nicole Garcia faisant résonner du Françoise Sagan au château de Mandelieu, ou encore Guillaume Gallienne clôturant le mois de juillet à Cap-d’Ail avec une lecture habitée du Buveur de brume. Chaque soir, une nouvelle commune et une nouvelle œuvre littéraire sont à l’honneur, offrant aux habitants et estivants un moment privilégié de culture partagée sous les étoiles. C’est dans ce cadre qu’au Rouret, le 18 juillet dernier, Stéphane Guillon a prêté sa voix aux mots d’Olivier de Kersauson, choisissant – en concertation avec le directeur artistique du festival, Frédéric Garnier – des « propos maritimes » de l’illustre navigateur, en accord avec la mémoire qu’il venait faire revivre . Face au public de cette soirée gratuite offerte par le Conseil départemental, Guillon a lu avec « délice » plusieurs extraits d’Avant que la mémoire s’efface, réussissant le pari de « redonner l’essence du texte, sa force, sa vibration », là où l’auteur lui-même s’efface derrière l’interprète. Le comédien à l’humour acide a ainsi montré qu’il savait aussi se faire passeur d’émotion littéraire, « piquant et lucide » dans ses choix de lecture, sans jamais trahir la verve gouailleuse de Kersauson . Le Festival des mots du Rouret restera pour beaucoup comme un moment à part, où le sniper de la télé a fait place au conteur passionné, rappelant que les humoristes sont parfois les meilleurs ambassadeurs des grands textes.

Un coup de gueule contre la bétonisation azuréenne

Cependant, chassez le naturel et il revient au galop : Stéphane Guillon n’a rien perdu de son goût pour la satire acérée, surtout lorsqu’il s’agit de défendre un certain art de vivre. Profitant de son passage sur la Côte d’Azur, il a poussé un mémorable coup de gueule sur Facebook contre la disparition du patrimoine architectural local, victime selon lui de l’urbanisation tous azimuts. Le 18 juillet, alors qu’il se promenait du côté de Villeneuve-Loubet pour acheter une glace, Guillon est tombé sous le choc en voyant une adorable maison de village destinée à la démolition, remplacée par un projet immobilier moderne au style cubique. « Les jolies maisons de la Côte d’Azur continuent de disparaître, années après années, les unes après les autres dans l’indifférence générale », a-t-il déploré, en préambule d’un post rageur . Photo à l’appui, l’humoriste a montré le contraste criant entre « une mémoire, un patrimoine, des vies effacées » – symbolisés par ce pavillon plein de charme – et le bâtiment censé prendre sa place : « de la m… des cubes de béton climatisés “dessinés” sur ordinateur » . Guillon fustige « ces carrés de béton construits pour satisfaire la cupidité sans fin de promoteurs dépourvus de tout et principalement de goût » . Ses propos, volontairement crus, traduisent l’inquiétude de voir l’âme des lieux piétinée par des constructions standardisées. « Qui s’est arrêté aujourd’hui devant cette maison ? Qui s’en est ému ? À part un vieux boomer sorti s’acheter une glace. Personne. », ironise-t-il, épinglant notre résignation collective face à ce qu’il considère comme un saccage paysager.

Le pamphlet numérique de Stéphane Guillon n’est pas passé inaperçu. Publié sur son profil le jour-même de sa venue au Rouret, il a déclenché une vague de réactions en ligne . Si « comme d’habitude, Stéphane Guillon ne laisse pas indifférent », c’est que son constat a touché une corde sensible chez de nombreux Azuréens. Sur les réseaux sociaux, les commentaires d’approbation ont afflué par dizaines pour soutenir sa charge contre la bétonisation du littoral. « Oui, ça fend le cœur. Des constructions qui uniformisent tous les paysages, qui piétinent l’âme des lieux, dépoétisent nos environnements, détruisent nos arbres », abonde ainsi une internaute, résumant le sentiment de beaucoup face à ces immeubles sans âme qui remplacent les villas d’antan . D’autres, en revanche, ont tenu à nuancer le propos de l’humoriste, lui rappelant que la responsabilité n’incombe pas qu’aux « promoteurs cupides ». « Derrière la cupidité du promoteur, il y a une personne qui vend son terrain et des gens qui veulent se loger… » rétorque par exemple un commentateur, soulignant la complexité de la question du logement . La sortie de Guillon aura eu le mérite de lancer le débat : faut-il à tout prix construire moderne, au risque d’effacer l’histoire locale, ou peut-on concilier développement urbain et préservation du charme azuréen ? Le maire de Villeneuve-Loubet, les services d’urbanisme et les promoteurs visés ne se sont pas officiellement exprimés, mais nul doute que le coup de gueule de l’humoriste aura fait réfléchir jusque dans les mairies de la Riviera.

En l’espace d’un été, Stéphane Guillon aura donc montré toutes les facettes de son talent et de sa personnalité. Entre la scène où il apprend à rire de ses propres chagrins, le retour au théâtre et à l’écriture sincère, l’amour des mots partagés sous les oliviers, et les coups de griffes engagés contre les cubes de béton sans âme, l’artiste apparaît plus que jamais complet et libre. Celui qui s’est fait connaître par son humour corrosif semble avoir gagné en profondeur sans rien perdre de sa flamme contestataire. Et s’il revendique aujourd’hui une approche plus détachée et bienveillante, Stéphane Guillon continue, à sa manière, de “faire rire de tout” – y compris des sujets les plus sérieux – pour peu qu’il s’agisse de ne pas pleurer sur nos souvenirs, mais au contraire de les faire revivre avec panache. Un bel équilibre entre dérision et émotion, que ce rire des chagrins transmis aux autres comme à lui-même.

Sources : Monaco-Matin (interview du 22/07/2025 par Jimmy Boursicot) ; Le Point (01/09/2024) ; Nice-Matin (19/07/2025) ; Officiel des spectacles ; Le Mensuel (24/06/2025).